5.4.5. Quelles sont les méthodes et stratégies disponibles pour vacciner les chiens ?

Le choix de la méthode et de la stratégie de vaccination est essentiel pour garantir qu’il y aura assez de chiens vaccinés pour rompre le cycle de transmission de la rage.

Caractériser la population de chiens (voir ici) peut aider à choisir la stratégie et la méthode de vaccination qui donnera le meilleur résultat de campagne.

Les méthodes actuelles comprennent la vaccination parentérale et la vaccination orale (VOR), chacune peut être effectuée en suivant différentes stratégies. Le choix d’une stratégie unique ou d’une combinaison de stratégies est basé sur l’environnement, des facteurs socioculturels et sur l’accessibilité des chiens. Différentes méthodes de vaccination peuvent aussi être combinées lors d’une même campagne afin d’obtenir une couverture vaccinale suffisante.

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Vaccination en point central à Payatas, Manila, aux Philippines. Photo Geloy Conception / GARC

Les stratégies utilisables pour la vaccination parentérale des chiens sont les suivantes :
- Vaccination en postes fixes et constants. Les propriétaires apportent leur chat et leur chien n’importe quand à des endroits bien identifiés (comme des cliniques vétérinaires privées ou gouvernementales). Bien que cette technique nécessite peu d’efforts du gouvernement, elle peut ne pas atteindre de nombreux chiens à propriétaire et ne touchera aucun des chiens sans propriétaire, ce qui aboutit à une couverture vaccinale dans la population canine faible ou difficile à mesurer.
- Vaccination en point central. Les équipes mobiles installent des points de vaccination temporaires au centre des villages ou des cités, à un endroit pratique pour les propriétaires de chiens. Cette stratégie est relativement bon marché et elle peut permettre d’atteindre la couverture vaccinale recommandée (Voir l’étude de cas en Tanzanie et d’autres exemples ici). De plus, une équipe mobile peut parcourir les rues de la cité et les endroits publics à la recherche les animaux divagants. Il peut être utile d’estimer la taille des zones de capture de ces cliniques temporaires afin d’établir leur espacement.
- Campagnes en porte-à-porte. Les équipes de vaccinations se déplacent de maison en maison pour vacciner les chiens. Cette stratégie peut être nécessaire dans les zones isolées et lorsque les propriétaires ne peuvent pas attacher leur chien. Cela permet en général de vacciner suffisamment de chiens et cela ne cause que peu de troubles dans le fonctionnement habituel de la communauté, mais cette stratégie coûte cher et est difficile à mettre en place (étude de cas en Tanzanie).
- Capture/vaccination/relâcher. Lorsqu’il y a de nombreux chiens hargneux ou sans propriétaire, les équipes mobiles de vaccination peuvent avoir à parcourir les rues avec des attrapeurs de chiens. Les chiens sont capturés (en général au filet), vaccinés puis relâchés immédiatement (voir l’étude menée en Inde ici).

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Les stratégies utilisables pour la vaccination orale des chiens sont les suivantes :
- Distribution en porte-à-porte. Cette méthode peut facilement être couplée à une campagne de vaccination parentérale en porte-à-porte et tous les chiens qui ne sont pas accessibles à la vaccination parentérale (qui reste le premier choix à faire) sont vaccinés par voie orale. Un appât est distribué à chaque chien, sa consommation est contrôlée et les résidus sont immédiatement récupérés. Généralement cette méthode est préférable car elle évite une exposition inutile du public ou des animaux autres que les chiens au vaccin.
- Distribution des appâts aux propriétaires de chiens. Cela suppose qu’on se fie au propriétaire pour donner l’appât à son chien. Comme la vaccination n’est en général pas observée, le succès peut être difficile à confirmer.
- Modèle de vaccination pour la faune sauvage. Les appâts vaccins sont distribués dans l’environnement. En général cela n’est applicable que dans des cas très spécifiques comme pour des chiens véritablement féraux.

D’autres conseils sur la vaccination orale sont disponibles ici. À chaque fois que l’utilisation d’un vaccin oral est envisagée dans une campagne, la sécurité du vaccin doit être évaluée avant son utilisation à grande échelle. L’OMS recommande qu’une évaluation des risques soit conduite avant la distribution des appâts afin de s’assurer que le risque d’exposition humaine ou d’effets secondaires soit réduit (voir ici).

La vaccination parentérale des chiens reste la pierre angulaire du contrôle de la rage canine, elle peut être utilisée dans les stratégies de vaccination passive comme la vaccination à points fixes. Cependant, dans de nombreux endroits, tous les chiens ne peuvent pas être attrapés, ils sont alors inaccessibles à la vaccination. Certains chiens sont agressifs lorsqu’on les manipule et ceux-là, tout comme les chiens sans propriétaire, nécessiteront probablement des méthodes de vaccination plus actives (comme la méthode Capture/Vaccination/Relâcher). Cliquez pour découvrir des techniques de contention et de vaccination pour l’immunisation parentérale.

Cependant, dans certains cas, essayer d’attraper et de maintenir des chiens peut-être impossible ou nécessiter beaucoup de temps et d’énergie. La vaccination orale peut alors être utilisée comme un outil complémentaire : tous les chiens qui ne sont pas accessibles à la vaccination parentérale pourraient recevoir un appât contenant un blister avec le vaccin. La vaccination orale au moyen d’appâts a été utilisée pour des chiens lors d’essais de terrain (voir ces études). Dans certains endroits, les programmes ont combiné la distribution d’appâts pour vaccination orale et la vaccination parentérale (étude de cas aux Philippines) (étude de cas en Turquie) (étude de cas au KwaZulu-Natal). Cependant, l’utilisation d’appâts de vaccination orale est encore expérimentale et d’autres études de terrain sont nécessaires pour évaluer son efficacité. Selon les régions, les chiens peuvent préférer des appâts produits localement plutôt que ceux fournis par le fabricant.

Indépendamment des méthodes et des stratégies adoptées, des campagnes synchronisées (c’est-à-dire des campagnes d’une journée ou d’une semaine qui couvrent toutes les municipalités ou les états) peuvent être très efficaces en mobilisant de nombreux secteurs et le public, compte tenu de la faible durée de leur engagement et de la bonne image dans les médias et pour le public.

Si les propriétaires de chiens doivent payer la vaccination, leur participation aux campagnes peut être réduite. La gratuité des vaccinations est généralement recommandée, mais il existe d’autres modèles pour faire couvrir le coût par les propriétaires (voir la section 3.3.5). Parfois, afin d’accroître la participation aux campagnes de vaccination, des cadeaux peuvent être offerts comme des colliers pour les chiens (voir un exemple ici), mais il faut faire attention à ce que cela n’augmente pas trop le coût du programme ou que cela ne réduise pas la participation si les cadeaux ne sont plus faits par la suite.

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Photo gracieusement fournie par le Serengeti Carnivore Disease Project

La mesure de la couverture vaccinale, quelle que soit la méthode utilisée (au moins après les campagnes initiales et peut-être après chaque campagne), est très importante si on doit évaluer le succès de la campagne et qu’il faut faire des améliorations. Les investissements pour estimer la couverture vaccinale sont rentables si les ajustements faits pour l’augmenter permettent d’éliminer plus rapidement la rage. Voir ici un exemple montrant qu’une faible couverture vaccinale a permis à la rage de persister dans certains endroits. Dans de nombreux cas, des erreurs d’estimation de l’effectif initial de la population de chiens ou de sa composition peuvent être corrigées en estimant la proportion de chiens qui ont été vaccinés lors d’une campagne. Une stratégie plus efficace peut alors être élaborée à partir de ces données si nécessaire. Des informations supplémentaires sont disponibles dans la section 5.6.2.

WSPA = World Society for the Protection of Animals (maintenant World Animal Protection/Protection mondiale des animaux)




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Troisième version, dernière mise à jour, juin 2015